SIMA 2026 à Dakar : l’Afrique veut reprendre la main sur ses médias, ses données et ses récits
De la régulation de l’information à l’intelligence artificielle, le Salon International des Médias d’Afrique a réuni professionnels, régulateurs, chercheurs et créateurs autour d’un même enjeu : construire un écosystème médiatique africain souverain et performant.

DAKAR — Au Grand Théâtre Doudou Ndiaye Coumba Rose, le Salon international des médias d’Afrique, SIMA 2026, a placé l’avenir de l’information africaine au centre des débats. Le thème de cette deuxième édition — « Bâtir un écosystème médiatique souverain et performant en Afrique » — résume une ambition qui dépasse la seule défense de la presse : produire ses propres contenus, maîtriser ses technologies, financer ses médias et établir ses propres règles.
L’agenda officiel transmis avec ce dossier est une version provisoire consolidée le 7 octobre 2026. Il programme les travaux principaux du 8 au 10 octobre, tandis que plusieurs communications publiques ont évoqué une période allant jusqu’au 11 octobre. Cette différence de calendrier est mentionnée ici par souci de précision documentaire.
Un salon pensé comme une chaîne complète de l’information
Le SIMA a réuni des agences de presse, des journaux, des radios, des télévisions, des plateformes numériques, des influenceurs, des producteurs de contenus, des industries culturelles et créatives, des écoles, des chercheurs, des régulateurs et des partenaires techniques et financiers.
La Maison de la presse du Sénégal a porté l’événement, sous la coordination du comité de pilotage présidé par Mactar Silla. L’Agence de presse sénégalaise, l’APS, a renouvelé son engagement en mettant ses plateformes à disposition pour la communication et la couverture du salon. L’Algérie a été désignée pays invité d’honneur pour l’Afrique et l’Allemagne pays invité d’honneur pour l’Europe.
Le contraste entre les chiffres annoncés et les chiffres confirmés doit être conservé. La première édition avait réuni des participants de 24 pays africains et enregistré environ 3 500 présences cumulées sur 14 panels. Pour 2026, les organisateurs avaient annoncé un objectif de plus de 5 000 participants. Aucun bilan public définitif de fréquentation n’étant disponible dans les sources consultées, ce chiffre reste un objectif annoncé, et non un résultat vérifié.

Jour 1 : réguler sans étouffer l’innovation
La cérémonie d’ouverture, prévue de 9 h 30 à 11 heures le 8 octobre, devait associer Sambou Biyagui, directeur général de la Maison de la presse du Sénégal, Mactar Silla, président du comité de pilotage, Kai Baldow, ambassadeur d’Allemagne au Sénégal, Ridha Nebais, ambassadeur d’Algérie au Sénégal, ainsi que le Premier ministre sénégalais Ahmadou Al Aminou Lo. L’agenda prévoyait également la remise officielle du rapport du SIMA 2025.
La matinée devait ensuite s’ouvrir sur une keynote du professeur Abdoulaye Sakho, de l’Institut EDGE, consacrée au modèle sénégalais de régulation dans un environnement convergent. Le panel de haut niveau « Réguler dans un monde convergent », modéré par Martin Faye et rapporté par André Naoussi, devait interroger la responsabilité des plateformes digitales, la convergence numérique et la coopération transfrontalière.
Parmi les intervenants annoncés figuraient Gertrude Tanoh Dammond pour la Côte d’Ivoire, Yolande Bodiong pour le Cameroun, Ousmane Garba pour le Niger, Abdoulie Sey pour la Gambie, le chercheur Ahmed Bensaada et Lamine Niang, directeur général de SSP Le Soleil au Sénégal.
L’après-midi déplaçait la discussion vers l’autorégulation. Mamadou Thior, ancien président du CORED, devait modérer un panel sur les tribunaux des pairs, les chartes déontologiques et la viabilité économique. Un deuxième échange, animé par Abdoulaye Mbow, portait sur la survie du journalisme face aux créateurs de contenus et aux influenceurs. La présence d’Elimane Ndao, journaliste à France 24, devait contribuer à la réflexion sur la frontière entre information, contenu, crédibilité et vérification.
La journée se concluait par un panel sur l’information en contexte d’insécurité, avec des témoignages venus du Mali, du Burkina Faso et du Cameroun. La protection des journalistes et la résilience dans les zones de conflit y étaient présentées comme des conditions de la liberté d’informer.
Jour 2 : l’IA, entre outil rédactionnel et risque démocratique
Le 9 octobre, le SIMA entrait au cœur de sa question technologique. La keynote « Quelle IA pour nos rédactions ? » devait être portée par Adama Sow, président du comité scientifique du SIMA. Le débat ne se limitait pas à l’efficacité des outils : l’intitulé associait explicitement promesses, risques et souveraineté technologique.
Le panel consacré à l’introduction de l’IA dans les médias annonçait des études de cas de rédactions africaines et internationales. Il devait réunir notamment Abdou Salam Fall, PDG de Seneweb et fondateur de Solutia.ai, Cheikh Tidiane Ndiaye de Soleil Digital, Simon Uhl, responsable AI & Lab à la Deutsche Welle, et Cyriaque Paré, fondateur d’ISCOM Kefao.net au Burkina Faso. La modération était confiée à Katharina Lobeck, associée à l’initiative « Fiabilité de l’information ».

Ce choix d’intervenants illustre l’approche comparative du SIMA : confronter l’expérience d’une grande organisation médiatique internationale, celle d’entrepreneurs numériques africains et celle de rédactions locales. L’enjeu est de savoir si l’IA peut traiter des tâches répétitives, améliorer la recherche et la vérification, tout en laissant aux journalistes la maîtrise des angles, des règles et de la responsabilité éditoriale.
Un autre panel, modéré par Moussa Ngom, devait traiter l’IA et la désinformation : contenus synthétiques, deepfakes, détection et responsabilité éthique. Parmi les intervenants figuraient Seydina Moussa Ndiaye, enseignant-chercheur en IA et expert auprès de l’Union africaine et de l’ONU, Valdez Onanina, rédacteur en chef du bureau francophone d’Africa Check, Constantin Gouvy de l’Institut Clingendael, Elhame Medjahed de l’EMI IGENSIA et Hiroyuki Saito, directeur du CINU Dakar.
Le temps fort institutionnel de la journée devait être l’atelier de rédaction à huis clos consacré à l’ébauche d’une Charte africaine de l’IA dans les médias. Animé par Astan Sow, il devait réunir un comité de rédaction comprenant notamment Adama Sow, Talla Dieng, Henriette Niang Kandé, Alpha Ousmane Barry, Salam Fall, Bouna Manel Fall et des représentants ivoiriens et de Smart Africa. L’agenda prévoyait une adoption formelle lors de la clôture du troisième jour.
En parallèle, des masterclass de fact-checking face à l’IA et de journalisme transfrontalier — notamment sur la couverture de la Gambie depuis le Sénégal — devaient fournir des outils opérationnels aux professionnels.
Le nerf de la guerre : financer l’indépendance
Le deuxième après-midi était consacré à l’économie des médias. Cheikh Thiam devait présenter un état des lieux des recettes, dépendances financières et fragilités structurelles du secteur africain.
Le panel sur les nouveaux modèles économiques devait examiner la diversification, les abonnements, la monétisation des plateformes et les partenariats avec les créateurs. Il réunissait notamment Aminata Sarr Ndiaye, directrice générale de TDS, Yolande Bodiong, Mamadou Diagne de la CJRS, Ibrahima Koné du journal Le Matin en Guinée, Nabil Khazini de l’ANEP Algérie et un représentant de la SFI.
Un autre échange devait porter sur la répartition de la manne publicitaire et la captation des revenus par les plateformes globales, avec Pape Alé Niang, directeur général de la RTS, Souleymane Niang de TFM, Abdoulaye Sey de la GRTS gambienne et Mamou Nabil de l’EPTV algérienne.
La journée prévoyait aussi des masterclass sur la production de contenus pour les plateformes digitales, la monétisation des formats courts et la production de séries sénégalaises et africaines. Le panel final, « Financer l’indépendance », devait poser la question la plus sensible : comment mobiliser aides publiques, fonds et bailleurs sans compromettre la liberté éditoriale ?
Jour 3 : reprendre le contrôle du récit
Le 10 octobre, l’agenda déplaçait le débat de la technologie vers les imaginaires. Sambou Biyagui, directeur général de la Maison de la presse, devait ouvrir la journée par une keynote sur les narratifs des médias africains, la souveraineté narrative et la déconstruction des récits importés.
Le panel « Reconquérir le récit » devait associer Martin Faye, Bandiougou Danté, président de la Maison de la presse du Mali, Yolande Bodiong, Mamadou Baal et Elhame Medjahed. Les échanges devaient s’appuyer sur les leçons du Forum des médias de Bamako.
La question culturelle devait ensuite être abordée à travers les industries créatives. David Mobhio de la RTI, Alassane Samba Diop d’I-Media, le chercheur et auteur Ahmed Bensaada et la réalisatrice-productrice Kalista étaient annoncés autour du thème : « Imposer nos cultures, faire vivre nos industries créatives — quel modèle pour nos contenus ? »
Le sport était présenté comme un levier de soft power et de développement, avec des représentants du Sénégal, de l’Algérie, du Mali et de Canal+. Une keynote sur la place des femmes dans les médias, portée par Matel Bocoum, devait précéder le panel « Briser le plafond de verre », modéré par Henriette Niang Kandé et réunissant notamment Bigué Bob, Angèle Dembele, Sandrine Blanchard de la Deutsche Welle, Borso Tall et Maimouna Ndour Faye.
Le programme prévoyait enfin un panel sur un pacte africain pour la liberté de la presse, avec des représentants de l’UPF Internationale, d’Article 19, de l’Institut Panos et de plusieurs médias publics africains.
La cérémonie de clôture devait présenter et adopter la Charte africaine de l’IA dans les médias, lire la Déclaration de Dakar actualisée et restituer les recommandations par thème. L’inauguration de la TV URAC était annoncée à 18 h 30.
Ce que le Global Media Forum 2019 permet de comprendre
Le SIMA 2026 prolonge une discussion déjà visible au Global Media Forum 2019 de la Deutsche Welle. Edith Yeung y présentait les usages chinois des plateformes de recommandation et des présentateurs virtuels. Li L’Estrade insistait sur la capacité des robots à traiter les tâches répétitives, à condition que les journalistes conservent la maîtrise des règles et des angles. Joachim Köhler appelait à la transparence face aux « boîtes noires ». Atte Jääskeläinen décrivait l’IA comme un miroir des biais des rédactions. Nanjira Sambuli alertait sur l’exclusion algorithmique, les deepfakes et le risque de croire qu’une solution technologique peut résoudre seule un problème politique.
À Dakar, la question devient plus directement souveraine : qui possède les données, qui finance les infrastructures, qui fixe les standards, qui contrôle la distribution et qui raconte l’Afrique ? Le débat n’oppose pas mécaniquement l’humain à la machine. Il cherche plutôt à organiser une coopération où la machine assiste, mais où la responsabilité reste humaine, éditoriale et démocratique.
Enjeu central : passer des annonces aux preuves
Le SIMA 2026 a formulé une feuille de route ambitieuse : une charte africaine de l’IA, une Déclaration de Dakar actualisée, des coopérations entre médias, écoles, régulateurs et entreprises technologiques, ainsi qu’une réflexion sur le financement et la protection des journalistes.
La prochaine étape sera décisive. Il faudra publier les textes adoptés, documenter les accords réellement signés, mesurer la fréquentation effective, préciser les ressources mobilisées et suivre l’application des recommandations dans les rédactions. La souveraineté médiatique ne sera pas établie par les seuls discours. Elle se vérifiera dans la capacité à produire des contenus fiables, à protéger ceux qui les fabriquent et à maîtriser les technologies qui organisent leur circulation.

Commentaires